Fujifilm X-T4 trois ans dans la rue et derrière l’écran
Quand le X-T4 est sorti en 2020, Fujifilm a répondu à quelque chose que les photographes hybrides réclamaient depuis longtemps : un boîtier qui ne sacrifie ni la photo ni la vidéo, et qui tient dans la main sans nécessiter un sac à part entière. Je l’ai pris pour la première fois avec une idée précise : documenter la rue, capturer des événements, et basculer en vidéo sans avoir à changer de boîtier. Ce que je ne savais pas encore, c’est que cet appareil allait aussi changer ma relation à la couleur.
Un boîtier qui s’assume
Le X-T4 est un appareil qui ne cherche pas à faire oublier qu’il est un appareil. Il a des molettes. Beaucoup de molettes. Pour la vitesse d’obturation, la sensibilité, la correction d’exposition. Tout s’ajuste à la main, directement, sans plonger dans les menus. C’est une philosophie de conception héritée des années argentiques, et elle a quelque chose d’honnête qui m’a tout de suite plu.
Et c’est là que le X-T4 a un avantage que peu de gens mentionnent : on peut tout paramétrer avant même d’allumer l’appareil. La scène est devant toi, tu anticipes la lumière, tu règles l’ouverture sur la bague de l’objectif, tu positionnes la molette de vitesse, tu ajustes les ISO — et tu n’as encore rien allumé. En rue, c’est fondamental. La différence entre rater une image et la faire tient souvent à ces deux ou trois secondes perdues à réveiller un boîtier. Là, il n’y a rien à réveiller. Tu lèves, tu déclenches.
En rue, ce côté mécanique et tactile a un autre effet secondaire bienvenu : l’appareil ne fait pas peur. Les gens voient quelque chose qui ressemble à un vieil hybride, pas à un Sony A7 avec un 85mm L monté dessus. Il passe inaperçu, il respire la discrétion. C’est un outil qui favorise la proximité.
Le viseur électronique est l’un des meilleurs que j’aie utilisé sur APS-C. Lumineux, rapide, réactif. En plein soleil ou dans les ruelles sombres d’un marché, il donne une lecture franche de l’exposition avant même de déclencher.
La couleur Fujifilm, ce n’est pas un effet
Si on ne devait retenir qu’une chose du X-T4 de la gamme Fujifilm en général, ce serait les simulations de film. Ce n’est pas un filtre. Ce n’est pas un preset Lightroom qu’on applique a posteriori. C’est une manière de voir le monde au moment du déclenchement, intégrée au capteur, calibrée sur des décennies de chimie argentique Fujifilm.
Les simulations que j’ai le plus utilisées: Classic Chrome pour la rue et le documentaire, Eterna Cinema pour la vidéo événementielle, Acros pour le noir et blanc, Provia en portrait extérieur, Velvia quand les couleurs méritaient d’être poussées, et Eterna Bleach Bypass pour les ambiances tamisées. Cela dit, pour la postprod en RAW.
La couleur Fujifilm ne se regarde pas dans les chiffres. Elle se ressent. Et en trois ans, je n’ai jamais eu à l’expliquer à un client, ils le voyaient directement.
La vidéo, ce que le X-T4 a changé
Avant le X-T4, je séparais mentalement la photo et la vidéo. Deux approches, deux workflows, deux états d’esprit. Le X-T4 est le premier boîtier avec lequel cette frontière a commencé à s’effacer. Pas parce que tout est parfait en vidéo, je vais y revenir, mais parce que le basculement entre les deux modes est transparent. La 4K à 60 images par seconde en DCI, c’est une réalité sur ce boîtier. Ce n’est pas bridé, ce n’est pas caché derrière une limitation sensor (canon) crop trop agressive. La qualité d’image est là, le F-Log donne de la latitude en étalonnage, et le rendu Eterna Cinema donne des bases propres pour travailler sous DaVinci Resolve.
Soyons honnêtes, la surchauffe. En conditions estivales, lors de longs événements filmés en continu, le X-T4 finit par s’essouffler. Pas systématiquement, pas dramatiquement, mais suffisamment pour qu’on y pense. En couverture d’une prestation d’une journé. Ce qui est jamais arrivé.
L’autofocus aussi mérite une mention nuancée. Pour la photo, il est bon, fiable, bien meilleur que ce que Fujifilm proposait avant le X-T4. Pour la vidéo avec sujet en mouvement, il reste un cran en dessous des Canon RF en termes de fluidité et de discrétion de la mise au point. Ce n’est pas rédhibitoire,on s’adapte, mais c’est là.
L’IBIS, la révolution discrète
Le X-T4 est le premier boîtier de la série X-T à intégrer une stabilisation sur le capteur. Et ça change tout, pas sur le papier, mais dans la pratique quotidienne. Cinq axes, jusqu’à 6,5 stops de compensation annoncés par Fujifilm. En conditions réelles, j’ai régulièrement descendu à 1/15e de seconde à main levée avec un résultat utilisable.
En rue, cette stabilisation ouvre des portes. On peut travailler plus lentement, laisser entrer plus de lumière, éviter de monter en ISO dans des scènes où la lumière est déjà belle mais fragile. C’est une liberté de composition qu’on n’apprécie pleinement qu’après plusieurs mois, quand les réflexes se sont adaptés.
En combinaison avec la bague d’adaptation Fringer EF-FX Pro et mes optiques Canon EF, ef Sigma 35mm et le 50mm f/1.4 Art notamment, l’IBIS faisait des miracles. Des plans à main levée d’une stabilité remarquable pour un corps aussi compact. Sur des concerts de rue debout entre les tables de terrasse, c’était une vraie liberté.
Trois ans plus tard
J’ai fini par passer sur Canon R5 et R6 pour des raisons professionnelles. Compatibilité avec l’écosystème EF, RF, autofocus vidéo plus poussé, flux de travail unifié. Ce n’est pas parce que le X-T4 m’avait déçu. C’est parce que les exigences de certains projets demandaient autre chose.
Cependant, la bague Fringer EF-FX Pro, elle, est toujours là, dans le sac. Je ne l’ai pas revendue. On sait jamais. Cette bague, c’était ma solution face à une réalité simple : les optiques Fujifilm natives sont excellentes, mais leur prix l’est tout autant. Alors j’ai gardé mes Canon EF, les Sigma Art 35mm et 50mm f/1.4 que j’avais déjà et la bague a fait le lien. L’autofocus passait, la communication entre le boîtier et l’optique aussi. Ce n’était pas parfait à 100%, mais c’était honnête. Et ça m’a permis de rester dans un budget maîtrisé sans sacrifier la qualité optique.
Mais honnêtement, si quelqu’un me demandait aujourd’hui quel boîtier choisir pour faire à la fois de la rue et de la vidéo événementielle sans se ruiner, le X-T4 resterait dans ma réponse. Pas comme une alternative au plein format. Comme un choix à part entière, assumé, avec ses forces et ses limites clairement posées.
Il y a des appareils qui font le travail. Le X-T4, lui, faisait aussi la conversation. Trois ans, c’est court pour un outil. Mais c’est assez pour savoir qu’on s’était bien compris.
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