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À part le Japon, qui fabrique encore des appareils photo ?

Qui fabrique encore des appareils Photo ?


Canon, Nikon, Sony, Fujifilm, Panasonic. La liste des fabricants d’appareils photo ressemble à un annuaire téléphonique de Tokyo. C’est propre, c’est efficace, c’est japonais. Quand un marché est tenu comme ça depuis soixante ans, la question n’est plus de savoir qui gagne. c’est de comprendre pourquoi quelques-uns ont quand même refusé de rendre les armes.


Leica. Wetzlar, Allemagne

Il y a des gens qui font des choses parce que ça rapporte. Et puis il y a Leica.
La maison est fondée en 1869 à Wetzlar par Ernst Leitz. Le premier appareil sort en 1925, moins de mille exemplaires la première année. En 1932, le cent-millième est livré. Aujourd’hui, les boîtiers M sortent toujours du même Leitz Park, dans la même ville, platines fraisées dans la masse, polies à la main en quarante minutes. La propriété a changé 55 % autrichienne, 45 % Blackstone, mais la fabrique n’a pas bougé. Il y a un deuxième site à Vila Nova de Famalicão, au Portugal, pour une partie de l’assemblage. Ce n’est pas un détail qu’ils mettent en avant.
Un M numérique coûte quatre fois le salaire mensuel moyen d’un Allemand. C’était déjà vrai en 1954 avec le M3. Le prix n’est pas une erreur de calcul.
On ne fabrique pas un Leica pour celui qui en a besoin. On le fabrique pour celui qui a compris qu’il n’en a pas besoin et qui l’achète quand même, parce qu’il y a des choses qu’on ne justifie pas, qu’on reconnaît.
Ce qu’on tient dans la main, avec un M, c’est une certaine idée de la permanence. Le viseur est au bord du boîtier. L’œil droit vise, l’œil gauche voit encore la scène entière. Rien n’est automatique. La mise au point est manuelle, le cadrage est une décision, chaque déclenchement est un acte délibéré. C’est lent. C’est précis. C’est la seule façon de photographier Wetzlar à cinq heures du matin sans avoir l’impression de voler quelque chose.
Sur le marché secondaire, un M6 se revend aujourd’hui à son prix d’achat, parfois au-dessus. C’est le seul appareil photo qui fonctionne comme une montre de luxe sur le plan patrimonial. Les gens achètent des gadgets. Les autres achètent du temps.


Hasselblad. Göteborg, Suède

La famille Hasselblad est dans le commerce depuis 1841 à Göteborg, mais c’est en 1941 que Victor Hasselblad fonde la société qui porte son nom pour fabriquer des appareils photo sur commande de l’armée de l’air suédoise, un avion de reconnaissance allemand venait d’être abattu au-dessus de la Suède, et les militaires voulaient le même appareil photo de bord.
Les appareils ont été sur la Lune avec Apollo. Le X2D 100C sorti en 2022 est un moyen format mirrorless de 100 mégapixels, assemblé à Göteborg dans un immeuble de trois étages par des mains suédoises, dix mille boîtiers par an, pas davantage. Les composants viennent « principalement d’Europe et d’Asie », selon le rapport annuel 2024 de la société. L’assemblage final, le calibrage, les contrôles qualité : Suède.
La réalité de 2025, c’est que DJI est actionnaire majoritaire depuis 2017. Le fabricant de drones de Shenzhen a racheté ce que des fonds européens avaient amené au bord du gouffre, deux fois en trente ans. Les ingénieurs suédois et chinois collaborent sur le développement produit. Le résultat, c’est un X2D qui fonctionne et qui se vend, dans une société qui affiche enfin des bénéfices après des années de pertes.L’amateur de pedigree trouvera ça inconfortable. Le photographe qui veut un dos 100 mégapixels à 8 000 euros trouvera ça pratique.
Il y a une ironie à constater, pour ceux qui ont un DJI dans le sac, et j’en fais partie avec le Mavic 3 Classic que la filiation suédoise est quelque part dans les données techniques depuis quelques années.


Phase One. Frederiksberg, Danemark

Il est des instruments qui ne servent pas à photographier le réel. Ils servent à le mesurer.
Phase One est fondée en 1994 à Frederiksberg, commune autonome enclavée dans Copenhague, ce qui revient au même pour quiconque n’est pas danois. Spécialité : les dos numériques moyen format et grand format, jusqu’à 150 mégapixels.
Un dos, c’est le module capteur qui se fixe à l’arrière du boîtier, là où, en argentique, on mettait le film. Sur ces systèmes modulaires, le boîtier, les optiques et le capteur sont trois pièces séparées et interchangeables. On peut garder le même boîtier et upgrader uniquement le capteur. L’IQ4 150MP se négocie aux alentours de 52 000 dollars ce seul module, sans optique, sans boîtier. Ce n’est pas une erreur d’impression.
Le marché de Phase One n’est pas le photographe qui descend dans la fosse d’un festival. C’est le cartographe aérien qui survole une plaine à 300 mètres d’altitude et dont les images serviront à recalculer l’état des cultures. C’est l’archiviste qui numérise des enluminures médiévales pour que les générations suivantes puissent voir ce que nos yeux voient encore. C’est l’ingénieur qui inspecte une ligne à haute tension depuis un drone et qui a besoin que chaque pixel soit un fait.
Depuis le ciel ou depuis le sol, il s’agit toujours de la même chose: donner une forme précise à ce qu’on ne verra pas deux fois. La qualité d’une image n’est jamais une fin en soi. Elle est la condition pour que le travail serve à quelque chose.
Le logiciel Capture One, né dans les laboratoires Phase One, est aujourd’hui utilisé par des milliers de photographes qui n’ont jamais vu un dos moyen format, y compris pour développer des fichiers Canon RAW issus d’un R5 ou d’un R6. C’est peut-être la contribution la plus concrète de cette maison danoise au quotidien du terrain.


Chine. DJI et Insta360

DJI fabrique des drones. DJI fabrique aussi des caméras d’action, la série Osmo et des modules optiques intégrés dans ses appareils volants. Quand le Mavic 3 Pro embarque trois capteurs Hasselblad, la frontière entre le fabricant de drones et le fabricant de caméras devient floue. DJI l’a voulu ainsi.
Insta360, fondée en 2015 à Shenzhen, a imposé ses caméras 360° dans des niches que personne ne prenait au sérieux: l’action sportive immersive, le tournage en solo, la narration à la première personne. L’X4 et l’Ace Pro ont trouvé leur public sans demander la permission.
Les Chinois n’ont pas attendu qu’on leur laisse une place. Ils ont fabriqué des produits pour des usages qui n’existaient pas encore, à des prix qui rendaient l’hésitation inutile. C’est une stratégie. Elle fonctionne.


États-Unis. GoPro

GoPro est américaine. Fondée à San Mateo, Californie, en 2002 par Nick Woodman, un surfeur qui voulait filmer ses propres sessions et ne trouvait pas l’outil. La conception reste aux États-Unis. La fabrication a toujours été externalisée en Asie, dès le premier modèle produit par l’entreprise chinoise Hotax. Le HERO13 Black est une référence dans sa catégorie. DJI grignote des parts de marché avec régularité depuis deux ans. GoPro tient encore, mais le combat n’est pas équilibré.
Dans le segment cinéma professionnel, RED et ARRI, américain et austro-allemand fabriquent des caméras de plateau. Pas le même usage, mais ce sont des fabricants non-japonais qui tiennent des positions solides sur un segment très haut de gamme.


Ce que ça change sur le terrain

Pour le reportage, le concert, le festival, le corporate: Canon, Nikon, Sony. Sans discussion. L’autofocus, l’ergonomie, l’écosystème optique, le rapport performance/prix, le Japon domine et continuera de dominer. Un R5 dans une fosse de festival, c’est l’outil juste.
Pour le studio, la mode, l’architecture ou la cartographie: Hasselblad et Phase One existent, se justifient techniquement, et se paient en conséquence.
Pour le drone et l’action: la Chine a pris le leadership mondial.

Pour l’investissement de long terme et la précision mécanique: Leica tient une position que personne n’a réussi à lui prendre en cent ans.



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