Sécurité Festival avec Budo Sécurité

Motocultor

Derrière l’objectif, il y a des gens

Il y a des missions qu’on accepte pour l’argent. Et d’autres qu’on accepte parce qu’on sait, on le sent  qu’il va se passer quelque chose de vrai. Le Motocultor, c’était la deuxième catégorie. 
J’ai débarqué  avec le 5D mark4 en main, le R6 dans le sac, et cette excitation de gamin que j’ai encore depuis toutes ces années de terrain. Le site est grand, c’est breton, c’est vert.
Et en août, quand cinquante mille metalleux débarquent dessus, ça devient autre chose. « Ça vibre ». Mais avant de parler de la scène, il faut parler de ceux qu’on ne voit jamais sur les photos. Yann Christodoulou, je l’ai connu sur les tatamis. Pas dans un bureau, pas autour d’un café. Sur un tatami. Là où on ne triche pas. Là où le corps parle avant la bouche. Yann vient des arts martiaux — plus de vingt-cinq ans d’aïkido et de Systema, professeur diplômé d’État, formateur en gestion de conflits. Moi je viens du poing pieds et enseigne l’Aikido à Chantonnay en Vendée. On s’est trouvés comme se trouvent les gens qui partagent la même discipline du corps et du respect. De cette rencontre est née une amitié. Le genre qui ne se dit pas mais qui se vit.

Budo Sécurité
Détente

En 2012, Yann a fondé Budo Sécurité. Le nom, déjà, dit tout. Budo — la voie martiale. Pas la voie de la force brute. La voie de celui qui sait se maîtriser avant de maîtriser quoi que ce soit d’autre. Une société basée du côté de Machecoul, qui assure la sécurité événementielle sur le Motocultor, le Hellfest, la Nuit de l’Erdre, l’Euro 2016. Des terrains où l’approximation n’existe pas. Plus de trois cents agents formés en interne — gestion de foule, secours tactique, psychologie, gestion de conflits. Pas des armoires à glace. Des professionnels.
« On n’est pas là pour participer à la fête. On est là pour que la fête se passe dans les meilleures conditions possibles. » Quand tu connais l’homme, tu sais que c’est un principe de vie.
Le canon 70-200mm f4, le sigma 50mm f1.4 art et le … faisait le boulot dans la fosse. Les lumières changeaient toutes les secondes, et moi je cherchais ce que je cherche toujours, pas le groupe.
Les visages. Le gamin qui voit son premier wall of death. La femme qui ferme les yeux et qui headbangue toute seule, perdue dans le son. L’ancetre qui sirote sa bière bretonne au fond et qui sourit comme s’il avait vingt ans. Le Motocultor, c’est ça. C’est le petit frère du Hellfest, oui. Mais un petit frère qui a son propre caractère, du brute, du vrai.

motocultor
Festival concert

Plus familial. Plus breton, aussi. C’est quelque chose qu’il faut vivre pour comprendre. Des rondes de danse qui finissent en pogo. L’improbable qui devient évident. Et puis il y a le slam. Pour ceux qui ne connaissent pas : un corps se lance. Il quitte le sol, il se jette en arrière, et la foule le porte. Des dizaines de mains sous un dos, sous des jambes, qui poussent, qui transmettent, qui font glisser un être humain au-dessus des têtes comme un radeau sur une mer de bras. Le corps avance, porté par la confiance aveugle en des inconnus. Ça dure quelques secondes. C’est beau et c’est dingue. Et au bout du voyage, il y a les barrières. Et devant les barrières, il y a les agents de Budo Sécurité. C’est là que tout se joue. Photographier le slam, c’est photographier la confiance. J’ai passé des heures à shooter depuis le côté des barrières. Le Canon R6 calé en rafale, l’œil collé au viseur. Et ce que j’ai vu, c’est un ballet. Un corps arrive, porté par la foule, parfois à l’endroit, parfois à l’envers, parfois les yeux fermés avec un sourire immense, parfois les yeux grands ouverts avec une terreur joyeuse. Et les bras de Budo sont là. À chaque fois. Tendus, prêts, solides. Ils réceptionnent, ils posent le gars ou la fille au sol, ils vérifient que tout va bien, et trois secondes plus tard c’est le suivant. Pas de brutalité. Pas de geste brusque. Juste de l’efficacité et du calme. Tu vois dans leurs yeux la concentration, la lecture de la trajectoire, l’anticipation. Le même regard que les combattant sur les tatamis, accueillir l’énergie, pas la combattre. J’ai vu une gamine, seize ans, peut-être,  arriver en slam au-dessus de la foule, les bras en croix, le visage illuminé. Un agent l’a récupérée comme on rattrape un enfant qui tombe d’un arbre. Doucement. Avec assurance. Elle a touché le sol, elle a rigolé, et elle est repartie sur les un coté de la fosse.

motocultor șlam

Et pendant tout ce temps, les agents sont là. Dans les allées, aux entrées, sur les parkings, devant les barrières. Ils veillent. Debout depuis douze heures. Ils n’apparaîtront jamais dans le live report d’un webzine metal. Mais sans eux, il n’y a pas de festival. Sans eux, le slam n’est plus un acte de joie, c’est un risque.

Motocultor
La connaissance du métier

Je suis rentré de cette série de reportages avec des milliers de clichés. Mais surtout avec des visages dans la tête. Ces agents de protections concentrés derrières leurs talkies, les yeux qui balaient le terrain comme un radar humain. le calme de l’ immense tatami du travail.
Les visages de ses agents, les bras tendus vers le prochain corps qui arrive en surf au-dessus de la marée humaine. Les metalleux trempés par la pluie bretonne qui n’ont pas bougé d’un centimètre. La gamine qui repart en courant vers le pit.

Des gens, au fond. Toujours des gens.

C’est pour ça que je fais ce métier. Pas pour les boîtiers, pas pour les objectifs, pas pour les festivals. Pour ces instants où un visage raconte une histoire entière, et où tu as la chance d’être là pour capter cette lumière pour la figer.

Le soleil est revenu en fin d’après-midi. Comme toujours.

Dominique Bahl