Argentique Minolta et objectifs Rokkor.
Les objectifs Rokkor ne meurent pas. Ils s’adaptent.
Il traîne dans des cartons, des vide-greniers, des tiroirs de grands-pères. Un boîtier Minolta XG-2, monture MD, objectif 50mm f/1.7 vissé dessus. Le vendeur ne sait pas ce qu’il a entre les mains. Toi si.
Les objectifs Minolta Rokkor sont parmi les meilleures optiques jamais produites pour le 35mm. Ce n’est pas de la nostalgie..
Minolta.
Ce que l’histoire a effacé trop vite. Minolta naît en 1928 à Osaka. Kazuo Tashima revient d’un voyage à Paris, fasciné par l’industrie optique allemande. Il ouvre la Japan-Germany Camera Co. avec un ingénieur allemand. L’ambition est là dès le départ.
Pendant vingt ans, ils copient les Allemands. Leitz, Zeiss, Voigtländer. Pas par manque d’imagination, par stratégie. Apprendre d’abord. Dépasser ensuite.
En 1966, Minolta présente le SRT-101. Pas le premier reflex à mesure TTL pleine ouverture, le Topcon RE Super l’avait fait en 1963, mais le premier à y ajouter le système CLC. Deux cellules CdS, une en haut, une en bas. La cellule haute lit le ciel. La cellule basse lit le sujet. Le boîtier arbitre entre les deux. Les images ont une tenue dans les hautes lumières que les concurrents n’arrivent pas à reproduire, et Canon et Nikon ne proposent pas encore ça.
En 1981, le X-700. Dernier boîtier manuel avant l’ère autofocus. Équilibre parfait entre performances et simplicité. Vendu massivement. Utilisé encore aujourd’hui.
En 1985, le Dynax 7000. Premier reflex autofocus de l’histoire.
Pas Nikon, pas Canon. « Minolta ».
Il y a une injustice dans l’oubli. Les pionniers disparaissent pendant que leurs idées continuent de circuler sous d’autres noms.
En 2003, fusion avec Konica. En 2006, abandon total du marché photo. Sony rachète la division. Les boîtiers Alpha héritent de la monture A. Puis Sony passe à l’E-mount, et Minolta disparaît officiellement de l’histoire numérique.
Ce qui reste.. Les optiques. Des millions d’objectifs Rokkor en circulation.
La monture SR. Un système, trois générations.
La monture Minolta SR est une baïonnette introduite en 1958. Tirage mécanique de 43,5 mm. Elle a évolué en trois versions qui portent le nom des objectifs correspondants.
SR de 1958 à 1966. La version initiale. Appareils purement mécaniques, sans mesure TTL. Les objectifs de cette période ont un levier d’ouverture légèrement différent, à vérifier avant d’acheter.
MC de 1966 à 1977. Ajout du levier MC qui transmet l’ouverture au boîtier pour la mesure TTL à pleine ouverture. Les objectifs s’appellent MC Rokkor. C’est là que le système devient vraiment cohérent.
MD de 1977 à 2001. Ajout du levier MD qui transmet aussi la plus petite ouverture disponible. Permet au boîtier de gérer l’exposition automatique en mode priorité ouverture. Mon XG-2 de 1977 utilise cette version.
La règle d’or : tous les objectifs MC et MD sont interchangeables sur tous les boîtiers manuels Minolta. Tu montes un MD Rokkor 135mm f/2.8 acheté pour 15€ sur un XG-2 trouvé pour 20€. Ça marche.
Les Rokkor. Ce que ça vaut vraiment.
Il faut être honnête sur ce que ces objectifs font et ne font pas.
Ce qu’ils font: Un rendu chaud, légèrement doux en wide open, qui se pique sérieusement à f/5.6. Un bokeh rond et propre sur les focales moyennes. Une robustesse mécanique que les objectifs plastiques actuels n’atteindront jamais. Des prix sur le marché de l’occasion qui n’ont pas encore rejoint l’absurde des Takumar ou des Canon FD.
Ce qu’ils ne font pas: L’autofocus. La stabilisation. La transmission EXIF. Sur un hybride moderne, tu travailles en mode manuel complet — ouverture sur la bague de l’objectif, mise au point à la main, exposure en mode M ou A selon le boîtier.
Sur un Fujifilm X ou un Sony, le focus peaking (aide a la mise au point par un repaire) compense largement. Sur un Lumix GH5 ou G9, la loupe de mise au point est redoutablement efficace. En pratique, après dix minutes, tu ne ressens plus le manque.
Les focales à surveiller sur le marché de l’occasion.
le 50mm f/1.7 MD, polyvalent, doux en bokeh, trouvable entre 20 et 40€. Le 28mm f/2.8 MC, grand angle propre, moins de 30€. Le 135mm f/2.8 MD, portrait redoutable, souvent bradé car encombrant. Le 35-70mm f/3.5 MD zoom, la surprise de la gamme, un zoom argentique qui tient la route en numérique.
Les bagues d’adaptation. Ce qu’on choisit selon le boîtier.
Le principe est simple. La monture MD a un tirage de 43,5 mm. Si le boîtier cible a un tirage inférieur, une bague purement mécanique suffit, pas de lentille correctrice, qualité optique préservée. Si le tirage cible est supérieur, une lentille correctrice est nécessaire, et la qualité en prend un coup.
Fujifilm X-mount. Tirage 17,7 mm. L’écart avec le MD est de 25,8 mm, largement suffisant. Bague purement mécanique. Les Rokkor sur fujifilm X-T4, X-T5 ou X-Pro3 rendent dans la même palette colorimétrique chaude que le rendu Fuji (crop entre le 35mm et apsc, multiplier par 1,6) L’association est cohérente. La K&F Concept MD-FX à 20-25€ fait parfaitement le travail. L’Urth à 40€ pour ceux qui veulent une garantie à vie.
Sony E-mount. Tirage 18 mm. Même logique. Bague mécanique pure. Sur un A7R ou A7 III plein format, un Rokkor 50mm reste un 50mm, pas de crop. Le rendu est différent de ce que donnent les G Master : plus de caractère, moins de correction. Certains trouveront ça imparfait. D’autres y verront exactement ce qu’ils cherchent. K&F Concept MD-NEX entre 20 et 35€, confirmée par des centaines d’utilisateurs sur A6000, A6600, A7.
Lumix Micro 4/3. Tirage 19,25 mm. Bague mécanique pure également. Le crop x2 change tout. Ton 50mm f/1.7 devient un équivalent 100mm en plein format. Portrait immédiat. Le 135mm f/2.8 devient un 270mm, une longue focale de lumière pour moins de 50€ d’investissement total bague comprise. K&F Concept MD-M4/3 à 20€. Compatible GH5, G9, GH6 et toute la série G. Kipon pour ceux qui veulent des finitions supérieures.
Canon RF. Tirage 20 mm. Bague mécanique sans lentille correctrice. Sur R5 ou R6, les Rokkor révèlent tout leur potentiel, le capteur plein format exploite la couverture native de ces objectifs conçus pour le 24×36. K&F Concept MD-RF à 25-30€. Novoflex pour les utilisateurs intensifs.
Canon EF. Tirage 44 mm, supérieur au MD. C’est le seul cas problématique. La seule solution pour conserver la mise au point à l’infini est une bague avec lentille correctrice interne. La lentille dégrade légèrement la piqué. Acceptable pour la vidéo, limite pour la photo exigeante. Si tu as un reflex Canon, le passage par un adaptateur EF-RF et une bague RF propre reste la meilleure solution.
Le XG-2 minolta, merci Patrice Etoue
Il est là sur la table. Traces d’usure sur le dessus du boîtier, le vernis ok sur les angles, la molette de sensibilité légèrement patinée. Quarante-cinq ans de mains dessus. Ça se voit.
Le boîtier est léger. Trop léger pour ce qu’il contient. On a l’habitude du métal froid des reflex professionnels, ici, c’est du plastique ABS sur châssis métal, la solution grand public de 1979. Ça ne rassure pas au premier contact. Puis on actionne l’obturateur à vide, et le son est propre, sec, sans bavure, et non il declencle pas, impossible d’armer. La mécanique est a revoir, ca m’inquiète pas, on verra.
La monture MD est intacte. Pas de jeu, pas de traces de choc. Les contacts du levier MD sont nets. Ce boîtier a été rangé correctement, ou utilisé avec soin, les deux ne s’excluent pas.
Le viseur est clair pour son âge. Split-image central, microprisme autour. Les vitesses s’affichent via une colonne de LEDs rouges sur la droite pas une aiguille mécanique comme sur les SRT, une rangée de diodes. En mode automatique à priorité ouverture, une LED s’allume sur la vitesse choisie par le boîtier. En mode manuel, les LEDs s’éteignent, e boîtier ne mètre plus, il laisse faire. C’était un choix délibéré de Minolta pour simplifier l’interface. En ce qui concerne celui en ma possession une pile est en commande.
Je ne l’ai pas chargé. Pas encore. Il faudra vérifier le joint de la trappe, les mousses d’étanchéité sur les boîtiers de cet âge sont systématiquement à refaire. Sur le XG-2, c’est une opération de vingt minutes avec une mousse de rechange de quelques euros. Rien d’insurmontable.
Ce Minolta XG-2 va reprendre du service. Pas comme pièce de musée. Comme outil.
Ce que ça donne sur le terrain.
Je vais monté un MD Rokkor 50mm f/1.7 sur bague K&F Concept. Vingt euros le Rokkor, vingt euros la bague. Quarante euros, je vous ferai une mise a jour de l’article.
Le focus peaking sur les hybrides modernes change la donne. La confirmation de mise au point est visuelle, immédiate. Sur un sujet fixe ou en portrait posé, le temps de travail est identique à ce qu’on fait en manuel avec un objectif natif.
Le rendu couleur des Rokkor est chaud, légèrement désaturé dans les tons moyens. Différent des objectifs modernes à haute correction. Pas inférieur. Différent. Il y a une honnêteté dans un objectif qui ne corrige pas ses propres défauts.
Ce que ça coûte et ce que ça vaut.
Un ensemble complet, boîtier XG-2, 50mm f/1.7 MD, bague d’adaptation pour hybride, se constitue pour moins de 60€ sur Le Bon Coin ou eBay. C’est une entrée dans la photographie optique ancienne qui ne compromet pas la qualité.
Les prix des Rokkor montent lentement. Pas encore au niveau des Zuiko ou des Takumar. La fenêtre est encore ouverte.
Les marques de bagues à retenir : K&F Concept pour le budget, Urth pour la garantie à vie, Kipon pour le M4/3, Novoflex pour le haut de gamme sans compromis.
Dans tous les cas, éviter les bagues plastiques génériques à moins de 10€. Le jeu mécanique crée du flou de rotation, pas celui du bokeh.
Les Rokkor ont photographié des décennies d’histoires. Ils peuvent photographier les tiennes.
Photographe Dominique Bahl Atlantique photo
